Processeur central connecté à plusieurs puces satellites.

Résumé analytique : Les revendications prévoient souvent « one or more processors configured to » (« un ou plusieurs processeurs configurés pour ») accomplir plusieurs fonctions. Cette formule ne permet pourtant pas nécessairement de répartir ces fonctions entre plusieurs processeurs. Les décisions du Federal Circuit, notamment Convolve, Salazar, et Finjan distinguent le nombre d’éléments de leur identité fonctionnelle : si « a processor » englobe normalement un ou plusieurs processeurs, au moins un processeur répondant à la limitation peut néanmoins devoir accomplir, ou être configuré pour accomplir, toutes les fonctions qui lui sont attribuées. In re Varma illustre cette distinction par une célèbre analogie canine : plusieurs éléments ne peuvent généralement pas se répartir les caractéristiques attribuées à un seul élément revendiqué. Une réalisation collective peut néanmoins être permise si les fonctions sont attribuées à une unité composite — système, nœud de serveur ou équipement utilisateur — et si le dossier intrinsèque étaye une mise en œuvre distribuée. Cette distinction peut déterminer la contrefaçon, le défaut de nouveauté, l’évidence et les effets des arguments de délivrance. Les praticiens devraient donc préciser si un processeur doit accomplir toutes les fonctions, si plusieurs peuvent agir collectivement, si le système entier est le sujet fonctionnel ou si des opérations doivent être réalisées par des processeurs distincts. Quelques mots bien choisis peuvent décider si la revendication couvre les architectures distribuées modernes.

I. Introduction : informatique distribuée et grammaire singulière des revendications

Les revendications prévoient couramment « one or more processors configured to » exécuter une suite d’opérations. Cette formulation semble large et neutre sur le plan technologique : elle évite un nombre imposé de processeurs et couvre aussi bien un contrôleur monopuce qu’une plateforme cloud contenant des milliers de processeurs. Elle peut pourtant offrir moins de souplesse que ne le suggère son pluriel.

Prenons une revendication exigeant un ou plusieurs processeurs configurés pour recevoir des données, les analyser et générer une sortie. Le système mis en cause utilise un processeur en périphérie pour la réception, un processeur cloud pour l’analyse et un processeur client pour la sortie. Plusieurs processeurs réalisent collectivement toutes les fonctions, mais aucun ne réalise — ni n’est configuré pour réaliser — les trois à lui seul. Le système satisfait-il à la limitation ?

La jurisprudence du Federal Circuit distingue de plus en plus deux questions. La première porte sur le nombre : « a processor » englobe-t-il un ou plusieurs processeurs ? Normalement, oui. La seconde porte sur l’identité fonctionnelle : plusieurs processeurs peuvent-ils se répartir les fonctions attribuées au processeur revendiqué ? Souvent, non. Même si « a processor » ou « one or more processors » autorise plusieurs processeurs, la revendication peut exiger qu’au moins un possède toutes les capacités qui lui sont attribuées.

Les conséquences sont importantes. Les systèmes modernes répartissent régulièrement les tâches entre unités centrales, processeurs graphiques, accélérateurs dédiés, équipements en périphérie, serveurs distants et services logiciels. Une revendication rédigée comme si un seul processeur exécutait chaque opération peut manquer une réalisation commerciale, même si le système entier met l’invention en œuvre. Ce choix peut aussi affecter la validité : un système antérieur peut divulguer collectivement toutes les fonctions sans divulguer un processeur capable de les réaliser toutes.

Les décisions n’interdisent pas absolument la réalisation distribuée. Elles rendent plutôt décisifs la grammaire, les renvois aux antécédents, la hiérarchie des composants et le dossier intrinsèque. « One or more » indique combien de processeurs peuvent exister, sans nécessairement déterminer la répartition des fonctions. Cet article traite de cette répartition, distincte de la jurisprudence sur le point de savoir si « configured to » exige une programmation présente, une adaptation structurelle ou une simple capacité.

II. « A » signifie normalement « un ou plusieurs », mais l’analyse ne s’arrête pas là

Le droit des brevets part d’une présomption connue : dans une revendication ouverte utilisant « comprising », les articles indéfinis anglais « a » et « an » signifient normalement « un ou plusieurs ». KCJ Corp. v. Kinetic Concepts, Inc., 223 F.3d 1351, 1356 (Fed. Cir. 2000). Les exceptions sont étroites et exigent normalement une indication claire, dans les revendications, la description ou l’historique de délivrance, que le titulaire entendait limiter le terme à un seul élément. Baldwin Graphic Systems, Inc. v. Siebert, Inc., 512 F.3d 1338, 1342-43 (Fed. Cir. 2008).

L’emploi ultérieur d’un article défini ne rend généralement pas, à lui seul, l’antécédent singulier. Si « a processor » désigne un ou plusieurs processeurs, « the processor » ou « said processor » renvoie normalement à ce même antécédent potentiellement pluriel. Id. at 1342. Le Federal Circuit a réaffirmé ce principe en jugeant que « a sample stream », et donc le renvoi ultérieur « the sample stream », pouvait englober plusieurs flux. ABS Global, Inc. v. Cytonome/ST, LLC, 84 F.4th 1034, 1040-42 (Fed. Cir. 2023).

Cette règle concerne toutefois le nombre admissible d’éléments, sans effacer leurs exigences de fond. La formule ouverte « comprising » ne rend pas davantage ouverte chaque limitation de la revendication. Elle autorise des caractéristiques supplémentaires non énoncées, mais le système doit toujours satisfaire à chaque limitation énoncée. Dippin' Dots, Inc. v. Mosey, 476 F.3d 1337, 1343 (Fed. Cir. 2007).

Le Federal Circuit a illustré cette distinction de façon mémorable dans In re Varma. Les revendications exigeaient une requête d’analyse statistique correspondant à au moins deux investissements sélectionnés. Le Patent Trial and Appeal Board estimait que des requêtes distinctes, chacune correspondant à un investissement différent, suffisaient, puisque la revendication utilisait « comprising » et introduisait « a » requête. Le Federal Circuit a rejeté cette lecture : plusieurs requêtes étaient possibles, mais au moins une devait présenter la caractéristique revendiquée de correspondre à au moins deux investissements. In re Varma, 816 F.3d 1352, 1362-63 (Fed. Cir. 2016).

« Pour qu’un propriétaire ait “un chien qui se roule sur lui-même et rapporte des bâtons”, il ne suffit pas qu’il ait deux chiens… » In re Varma, 816 F.3d 1352, 1363 (Fed. Cir. 2016).

La fin omise explique le principe : un chien ne peut fournir uniquement la première aptitude et un autre uniquement la seconde. L’article indéfini autorise plusieurs chiens, mais au moins un doit posséder les deux caractéristiques.

Appliqué aux revendications portant sur des processeurs, Varma fournit la distinction doctrinale fondamentale. Un système peut contenir plusieurs processeurs tout en satisfaisant à une limitation mentionnant « a processor ». Mais si celle-ci décrit un processeur configuré pour A, B et C, la règle du pluriel ne permet pas nécessairement de confier A à un processeur, B à un autre et C à un troisième. Au moins une instance du processeur revendiqué peut devoir satisfaire à toute la description fonctionnelle.

Cette conclusion n’est pas automatique pour toute revendication. Il faut toujours déterminer les fonctions attribuées au processeur, plutôt que simplement constater le singulier ou le pluriel du nom. La décision du Federal Circuit dans Convolve montre comment de faibles différences de structure peuvent changer le résultat.

III. Convolve : deux interprétations du processeur dans un même brevet

Convolve, Inc. v. Compaq Computer Corp. concernait des brevets visant à réduire le bruit acoustique des disques durs. Les ordinateurs mis en cause utilisaient différents composants pour générer l’interface utilisateur et envoyer les commandes au disque dur. Le tribunal fédéral de première instance avait traité toutes les revendications comme exigeant qu’un processeur associé à l’interface génère les commandes. Le Federal Circuit a jugé que cela négligeait des différences importantes entre les revendications. 812 F.3d 1313, 1320-21 (Fed. Cir. 2016).

Les revendications 9 et 15 décrivaient un appareil comprenant « a processor » exécutant des étapes de génération d’interface utilisateur, de modification des paramètres et d’émission de commandes vers le dispositif de stockage. Appliquant la règle du pluriel, la cour a retenu un ou plusieurs processeurs. Rien dans ces revendications, la description ou l’historique ne limitait clairement l’appareil à un seul. La description renforçait cette lecture en divulguant une réalisation où un contrôleur distinct dédié au disque pilotait les déplacements de tête concernés. Le Federal Circuit a donc jugé erronée l’exigence d’un processeur unique imposée à ces revendications. Id. at 1320-21.

Les revendications 1, 3 et 5 ont conduit au résultat inverse. Elles introduisaient « a processor » au préambule, puis utilisaient « the processor » dans le corps. Ce renvoi rattachait le processeur associé à l’interface utilisateur à la fonction ultérieure d’émission des commandes. Le même processeur devait donc participer aux étapes énoncées. Id. at 1321.

L’importance de Convolve réside dans cette comparaison interne. La cour n’a dit ni que « a processor » autorise toujours la répartition fonctionnelle, ni que toute limitation exige qu’un processeur accomplisse tout. Elle a examiné l’attribution grammaticale des fonctions. Le renvoi exprès à « the processor » exigeait un processeur commun. L’absence de ce même lien, lue avec la divulgation d’un contrôleur distinct, autorisait plusieurs processeurs.

Pour les praticiens, Convolve identifie deux facteurs récurrents de portée. D’abord, le renvoi à un antécédent peut avoir un effet de fond : « the processor » et « said processor » peuvent relier des fonctions qui auraient pu être attribuées à des composants différents. Ensuite, la description peut confirmer qu’une mise en œuvre distribuée est envisagée. Une affirmation générique permettant plusieurs processeurs est moins utile qu’une divulgation expresse attribuant certaines opérations revendiquées à des processeurs distincts.

Convolve laissait néanmoins une question ouverte : que se passe-t-il si la revendication ne répète pas « the processor », mais que sa grammaire globale attribue malgré tout une suite de fonctions au processeur ? Le Federal Circuit l’a abordée plus directement dans Salazar et Finjan.

IV. Salazar : le nombre n’est pas l’identité fonctionnelle

Le libellé de Salazar v. AT&T Mobility LLC introduisait « a microprocessor » générant des signaux de commande, puis énumérait des fonctions accomplies par « said microprocessor » : création de protocoles, récupération de jeux de paramètres et génération de jeux de codes de commande. 64 F.4th 1311, 1313-14 (Fed. Cir. 2023). Les parties convenaient que le système pouvait contenir plusieurs microprocesseurs. Elles contestaient la possibilité de répartir les fonctions entre eux.

Le titulaire soutenait que le pluriel de « a microprocessor » permettait à l’un d’accomplir une fonction et à un autre une fonction différente, même sans microprocesseur capable de toutes les réaliser. Le tribunal fédéral de première instance a rejeté cette lecture : un ou plusieurs microprocesseurs étaient permis, mais au moins un devait être configuré pour toutes les fonctions de génération, création et récupération. Après un verdict de jury de non-contrefaçon, le titulaire a fait appel. Id. at 1314-15.

Le Federal Circuit a confirmé. Il a maintenu la règle selon laquelle « a microprocessor » ne limite pas le système à un seul microprocesseur et reconnu que « said microprocessor » renvoie au même antécédent potentiellement pluriel. Cela n’autorisait pourtant pas une répartition des fonctions entre membres indépendants du groupe. Au moins un devait pouvoir accomplir chaque fonction attribuée à « said microprocessor ». Id. at 1317-18.

La cour s’est appuyée sur les deux branches de Convolve. La revendication ressemblait aux revendications 1, 3 et 5 de Convolve, où le renvoi ultérieur à « the processor » rattachait les fonctions au processeur précédemment introduit. Elle ne ressemblait pas aux revendications 9 et 15, dont le libellé et le dossier intrinsèque autorisaient plusieurs processeurs. Salazar, 64 F.4th at 1316-17. La cour a également invoqué Varma: « said » ne pouvait neutraliser les exigences fonctionnelles suivantes, pas plus que plusieurs chiens ne pouvaient se répartir les aptitudes à se rouler et à rapporter. Id. at 1318.

Bien compris, Salazar n’a pas retenu une interprétation exclusivement singulière. Le système peut contenir de nombreux processeurs, dont plusieurs peuvent chacun satisfaire intégralement à la limitation. L’exigence est existentielle plutôt que numérique : parmi les processeurs couverts, au moins un doit pouvoir accomplir l’ensemble des fonctions.

De même, Salazar n’a pas directement interprété toutes les formulations possibles utilisant expressément « one or more processors configured to ». La décision concernait des revendications répétant « said microprocessor ». Elle limite néanmoins fortement l’idée selon laquelle le seul pluriel autoriserait la réalisation collective. Après Salazar, le titulaire doit trouver dans la structure ou le dossier intrinsèque autre chose que le pluriel ordinaire de « a » pour justifier la répartition des fonctions entre processeurs.

V. Finjan et la règle du même composant après Salazar

Six mois après Salazar, le Federal Circuit a étendu ce raisonnement dans Finjan LLC v. SonicWall, Inc., 84 F.4th 963 (Fed. Cir. 2023). Les revendications invoquées concernaient l’analyse informatique de logiciels malveillants. Certaines prévoyaient des étapes exécutées « by a computer », puis « by the computer ». Une autre exigeait un code de programme amenant « a computer to perform » une série d’étapes. Les produits mis en cause répartissaient les opérations entre des ordinateurs distants distincts. Finjan soutenait que le pluriel de « a computer » autorisait leur réalisation collective. Id. at 973-74.

Le Federal Circuit a rejeté cette position. Les renvois à « the computer » rattachaient les fonctions ultérieures à l’ordinateur antécédent, conformément à Salazar, Convolve, et Traxcell Technologies, LLC v. Nokia Solutions & Networks Oy, 15 F.4th 1136, 1143-44 (Fed. Cir. 2021). Même si le système pouvait utiliser un ou plusieurs ordinateurs, au moins un devait accomplir toutes les fonctions énumérées. Finjan, 84 F.4th at 974-75.

La revendication 22 rend Finjan particulièrement important. Elle ne reposait pas sur plusieurs renvois ultérieurs à « the computer », mais exigeait un code amenant « a computer to perform » les étapes énumérées. Cette introduction les attribuait elle-même à l’ordinateur. La cour a donc exigé qu’un ordinateur les accomplisse toutes. Id. at 975. Finjan empêche ainsi d’éviter la règle du même composant en supprimant simplement les répétitions de « the » ou « said », lorsque la grammaire attribue toujours les opérations à un ordinateur.

La cour a aussi distingué 01 Communique Laboratory, Inc. v. LogMeIn, Inc., 687 F.3d 1292 (Fed. Cir. 2012), qui permettait de répartir un dispositif logiciel de localisation entre plusieurs ordinateurs serveurs de localisation. 01 Communique traitait de la possibilité de réaliser le dispositif revendiqué sous forme de composant composite distribué, étayée par une description autorisant expressément plusieurs ordinateurs et des dispositifs subdivisés. Il ne décidait pas si des ordinateurs distincts pouvaient se répartir plusieurs limitations ultérieures attribuées au même ordinateur. Finjan, 84 F.4th at 974-75.

Les décisions ultérieures montrent la portée pratique de la règle. Dans Carrum Technologies, LLC v. Ford Motor Co., le Federal Circuit a jugé que « a controller » autorisait un ou plusieurs contrôleurs, mais qu’au moins un devait accomplir toutes les fonctions attribuées à « said controller ». Nos. 2024-1183, 2024-1480, slip op. at 8-12 (Fed. Cir. Oct. 15, 2025) (nonprecedential). La cour a directement exposé la distinction : la règle du pluriel laisse le nombre ouvert, sans assouplir l’exigence de fond qu’au moins une instance réalise toutes les fonctions attribuées lorsque le contexte l’exige. Id. at 8-10.

Les tribunaux fédéraux de première instance ont appliqué Finjan même lorsque le processeur ou l’ordinateur ne figure qu’au préambule. Dans Equil IP Holdings LLC v. Akamai Technologies, Inc., la revendication décrivait un procédé « in a host computer », sans répéter ensuite « the host computer ». Le tribunal a néanmoins exigé qu’au moins un ordinateur hôte accomplisse chaque étape, le préambule lui attribuant la mise en œuvre du procédé. Plusieurs ordinateurs pouvaient participer, mais l’un devait accomplir toutes les étapes. No. 22-677-RGA, slip op. at 5-8 (D. Del. July 2, 2024).

La règle impose aussi une charge probatoire pour établir la contrefaçon. Dans Cellspin Soft, Inc. v. Fitbit LLC, les revendications exigeaient un « first processor » configuré pour acquérir les données, les stocker et transmettre une notification d’événement ainsi que les données. L’Apple Watch mise en cause contenait plusieurs processeurs, mais les preuves n’établissaient pas qu’un processeur identifié était configuré pour les trois fonctions. Le Federal Circuit a confirmé le jugement sommaire de non-contrefaçon. Nos. 2022-2025, -2028, -2029, -2030, -2032, -2037, slip op. at 17-18 (Fed. Cir. Nov. 1, 2024) (nonprecedential).

Le PTAB a aussi appliqué Salazar aux formulations concernant les processeurs. Dans Apple Inc. v. Smart Mobile Technologies LLC, les revendications mentionnaient « a processor », puis « the processor is configured to » traiter plusieurs flux de données ou canaux. Statuant sur renvoi, le Board a exigé que le même processeur réalise toutes les opérations attribuées à « the processor ». IPR2022-01002, Paper 52, at 17-21 (P.T.A.B. Apr. 22, 2026) (final written decision on remand). Une demande de Director Review a ensuite été rejetée. Apple Inc. v. Smart Mobile Technologies LLC, IPR2022-01002, Order at 2 (P.T.A.B. July 24, 2026).

Ensemble, Salazar et Finjan établissent le point de départ faisant autorité : le pluriel n’autorise pas, à lui seul, la fragmentation fonctionnelle. Il faut identifier le sujet fonctionnel et déterminer si toute la série d’opérations lui est attribuée. Si tel est le cas, le système mis en cause doit normalement contenir au moins un processeur ou ordinateur répondant à la limitation et capable de toutes les réaliser.

VI. La réalisation collective : quand plusieurs machines peuvent coopérer

La règle du même composant n’impose pas nécessairement une seule puce. La jurisprudence du Federal Circuit permet une réalisation distribuée si les fonctions sont attribuées à un élément composite — nœud de serveur, dispositif de localisation, équipement utilisateur ou système — pouvant comprendre plusieurs processeurs ou ordinateurs. La question reste l’identité de l’élément revendiqué devant posséder toutes les capacités énoncées.

01 Communique Laboratory, Inc. v. LogMeIn, Inc. reste le principal exemple faisant précédent. Les revendications mentionnaient « a locator server computer » contenant une « location facility » accomplissant plusieurs fonctions. L’architecture mise en cause les répartissait entre plusieurs ordinateurs, sans qu’aucun les réalise toutes. Le Federal Circuit a néanmoins rejeté l’exigence d’un seul ordinateur physique : la description indiquait expressément que le serveur pouvait comprendre un ou plusieurs ordinateurs et que ses dispositifs pouvaient être subdivisés. Ces divulgations étayaient la répartition du dispositif de localisation entre plusieurs machines. 687 F.3d 1292, 1296-98 (Fed. Cir. 2012).

Symantec Corp. v. Computer Associates International, Inc. a également reconnu que le sens ordinaire de « computer » et « computer system » ne se limitait pas à une machine autonome unique. 522 F.3d 1279, 1290-91 (Fed. Cir. 2008). Mais Finjan a précisé ensuite que le caractère composite d’un ordinateur ou système ne supprime pas automatiquement l’obligation que le même composant revendiqué accomplisse les fonctions qui lui sont attribuées. Finjan, 84 F.4th at 975.

La décision ne faisant pas précédent dans Unwired Planet, LLC v. Google Inc. illustre la distinction entre un élément composite revendiqué et les ordinateurs qui le réalisent. Le tribunal fédéral de première instance avait interprété « server node » comme un ou plusieurs ordinateurs accomplissant chacun toutes les fonctions de réception, accès, traitement et transmission. Le Federal Circuit a rejeté cette exigence : un nœud de serveur devait accomplir toutes les fonctions, mais pas chacun de ses ordinateurs. Plusieurs ordinateurs ou programmes pouvaient agir de concert comme le nœud revendiqué. 660 F. App'x 974, 980-81 (Fed. Cir. 2016).

Ces décisions ne contredisent pas Salazar ou Finjan. Dans Salazar, les fonctions étaient attribuées à « said microprocessor » ; au moins un microprocesseur devait donc posséder toutes les capacités énoncées. Salazar, 64 F.4th at 1317-18. Dans Unwired Planet, les fonctions étaient attribuées au nœud de serveur : ce nœud, et non chacun de ses ordinateurs, devait donc toutes les accomplir. Unwired Planet, 660 F. App'x at 980-81. Les décisions se concilient en déterminant si le sujet fonctionnel est un processeur individuel ou un élément composite de niveau supérieur.

La décision du Federal Circuit ne faisant pas précédent dans Sonos, Inc. v. International Trade Commission souligne l’importance du soutien dans la description. Sonos estimait que des messages distincts pouvaient porter collectivement un identifiant et une clé de sécurité. La cour l’a refusé : chaque message répondant à la limitation devait contenir les deux. En distinguant 01 Communique, elle a souligné que la réalisation distribuée reposait dans cette affaire sur une description autorisant expressément la subdivision des dispositifs. No. 2022-1421, slip op. at 8-10 (Fed. Cir. Apr. 8, 2024) (nonprecedential). Une formule générique autorisant plusieurs processeurs peut donc être insuffisante. La description devrait relier l’architecture distribuée aux fonctions revendiquées précises.

Certaines décisions d’instances inférieures sont allées plus loin. Dans Google LLC v. EcoFactor, Inc., le PTAB a interprété l’expression « one or more processors » comme permettant aux processeurs d’exécuter collectivement les instructions, au motif notamment qu’exiger qu’un processeur exécute chaque instruction donnerait un effet insuffisant à « or more ». IPR2021-00054, Paper 35, 2022 WL 1157606, at 7-10 (P.T.A.B. Apr. 18, 2022). Cette décision appelle la prudence. Antérieure à Salazar, elle n’a pas été désignée comme faisant précédent, et le recours a été clos sans décision au fond. EcoFactor, Inc. v. Google LLC, No. 2022-1971, 2023 WL 8438149, at 1 (Fed. Cir. Nov. 30, 2023).

Plus récemment, un tribunal du district est du Texas a distingué Salazar et Finjan en se fondant sur la hiérarchie des composants. Les revendications visaient un équipement utilisateur comprenant processeurs, récepteurs et émetteurs. Le tribunal convenait qu’un même élément devait posséder toutes les fonctionnalités, mais cet élément singulier était l’équipement utilisateur, pas un processeur individuel. La description envisageant plusieurs processeurs et antennes, l’équipement pouvait répartir les fonctions entre ses composants. Intellectual Ventures I LLC v. American Airlines, Inc., No. 4:24-cv-00980, Dkt. 177, at 45-47 (E.D. Tex. July 28, 2026). Sans faire autorité de manière obligatoire, la décision offre un modèle utile pour distinguer Salazar: la revendication doit attribuer les fonctions à l’appareil plus vaste, plutôt qu’au processeur.

Une décision administrative concernant une montre connectée modifiée est parvenue à un résultat similaire pour l’expression « one or more processors ». Les douanes ont admis qu’un processeur d’un capteur porté par l’utilisateur et un autre d’un téléphone ou moniteur connecté forment le groupe revendiqué. Elles se sont surtout fondées sur l’absence de termes rattachant tous les processeurs au dispositif porté et sur la description de composants distincts de capteur et de moniteur. U.S. Customs & Border Protection, HQ H338254 (Jan. 7, 2025). Cette décision n’a pas valeur de précédent judiciaire, mais confirme l’importance pratique de la hiérarchie des composants et des réalisations distribuées expressément divulguées.

VII. Synthèse pratique : identifier l’unité répondant à la limitation

La jurisprudence fournit un cadre plus précis que « a signifie un ou plusieurs » ou « un processeur doit tout faire ». La question pertinente est : Quelle unité revendiquée doit posséder l’ensemble des caractéristiques énoncées ?

1.       Identifier le sujet grammatical. « The processor is configured to perform A, B, and C » indique une exigence au niveau du processeur. « A system comprising one or more processors is configured to perform A, B, and C » attribue plus naturellement les fonctions au système.

2.        

3.       Suivre les renvois aux antécédents. Les renvois répétés à « the processor », « said processor » ou à un processeur « further configured to » renforcent l’idée que le même processeur doit posséder les capacités ultérieures. Mais Finjan montre que l’article défini n’est pas toujours nécessaire : la grammaire globale peut attribuer toute une série d’opérations à « a computer ». Finjan, 84 F.4th at 974-75.

4.        

5.       Déterminer si le sujet fonctionnel est composite. « Processor » désigne normalement un composant de niveau inférieur ; « server node », « user equipment », « computing system » et « location facility » décrivent plus aisément des structures composites. Les noms ne sont toutefois pas décisifs. La description peut définir le processeur comme incluant un agencement distribué, ou utiliser « server » pour une machine physique unique.

6.        

7.       Chercher dans la description plus qu’une multiplicité générique. Dire qu’un système peut comprendre un ou plusieurs processeurs renseigne sur leur nombre, sans nécessairement permettre de répartir A, B et C. Une divulgation plus solide précise que différents processeurs peuvent accomplir différentes opérations revendiquées, donne des répartitions représentatives et indique qu’aucun processeur n’a besoin d’exécuter toutes les opérations.

8.        

9.       Examiner les revendications connexes et l’historique de délivrance. Un déposant qui distingue une antériorité parce qu’elle répartit les fonctions entre processeurs peut renoncer à une interprétation ultérieure permettant une réalisation collective. Voir Omega Engineering, Inc. v. Raytek Corp., 334 F.3d 1314, 1323-26 (Fed. Cir. 2003). À l’inverse, des revendications dépendantes exigeant expressément un processeur commun peuvent étayer l’idée que l’indépendante autorise une réalisation collective. La différenciation des revendications ne peut toutefois surmonter un libellé ou des éléments intrinsèques contraires.

10.    

VIII. Rédiger des revendications qui tranchent la question

La formulation habituelle ci-dessous crée une incertitude évitable. Elle autorise expressément plusieurs processeurs sans préciser s’ils peuvent se répartir les opérations :

un ou plusieurs processeurs configurés pour exécuter A, B et C.

Le rédacteur devrait choisir l’architecture pertinente et l’indiquer expressément.

A. Si un processeur commun est requis

un ou plusieurs processeurs, dont au moins un est configuré pour exécuter chacune des opérations A, B et C.

Cette formulation autorise des processeurs supplémentaires tout en exigeant expressément un processeur commun possédant chaque capacité.

B. Si une réalisation collective est envisagée

un ou plusieurs processeurs configurés collectivement pour exécuter A, B et C, différents processeurs parmi lesdits un ou plusieurs processeurs étant autorisés à exécuter des opérations différentes parmi A, B et C.

La seconde proposition peut être omise pour rester bref, mais « collectively configured » est le signal textuel le plus clair autorisant la répartition fonctionnelle.

C. Si le système doit être le sujet fonctionnel

un système informatique comprenant une mémoire et un ou plusieurs processeurs, le système étant configuré pour exécuter A, B et C par l’exécution d’instructions par lesdits un ou plusieurs processeurs.

Cette formulation suit le raisonnement de Unwired Planet et Intellectual Ventures. Elle exige que le système entier possède toutes les capacités, sans nécessairement les attribuer toutes à un processeur unique.

D. Si la séparation fait partie de l’invention

un premier processeur configuré pour exécuter A ; et un second processeur, distinct du premier, configuré pour exécuter B et, à partir d’un résultat de A, exécuter C.

L’attribution explicite évite de transformer le débat d’interprétation en débat indirect sur l’architecture.

Un jeu utile de revendications peut comporter plusieurs niveaux. Une indépendante peut permettre le traitement collectif ; une dépendante exiger qu’au moins un processeur commun accomplisse toutes les opérations ; une autre attribuer des opérations identifiées à des processeurs différents ; et une indépendante distincte attribuer les fonctions au système ou à l’appareil. La description devrait étayer chaque variante par des exemples concrets : exécution CPU et GPU, processeurs en périphérie et cloud, machines virtuelles distinctes, cœurs de processeur ou dispositifs coopérants.

IX. Conséquences pour la procédure de délivrance

Les renvois aux antécédents devraient être traités comme substantiels pendant la procédure. Remplacer « one or more processors collectively configured » par « a processor », puis « said processor », peut restreindre involontairement la revendication. De même, soutenir qu’une antériorité est insuffisante parce qu’aucun processeur n’accomplit toutes les fonctions peut faciliter l’acceptation, mais coûter cher lors de la défense des droits. Le conseil chargé de la délivrance devrait arbitrer ce choix délibérément.

Si l’examinateur associe des fonctions différentes à des processeurs différents d’une antériorité, la réponse devrait commencer par l’interprétation du déposant. Si un processeur commun est requis, il peut soutenir que l’agencement revendiqué n’est pas divulgué. Si la réalisation collective est autorisée, une autre distinction peut être nécessaire. L’interprétation de l’Office doit rester raisonnable au regard des revendications et de la description, plutôt qu’être simplement la plus large linguistiquement possible. In re Smith International, Inc., 871 F.3d 1375, 1382-83 (Fed. Cir. 2017).

Les demandes de continuation permettent de préserver des variantes. Une continuation peut revendiquer expressément un fonctionnement collectif même si une revendication acceptée de la demande parente a acquis pendant la procédure un libellé exigeant le même processeur. À l’inverse, une dépendante imposant qu’un processeur accomplisse toutes les fonctions peut offrir une position utile de validité et une solution de repli plus étroite pour faire valoir le brevet. La divulgation doit étayer les deux architectures avant de pouvoir les revendiquer avec sécurité.

X. Conséquences au contentieux et devant le PTAB

Pour les titulaires, la question affecte autant la preuve que l’interprétation. Un tableau de contrefaçon devrait identifier le processeur, ou le système composite répondant à la limitation, responsable de chaque fonction. Prouver que le produit contient plusieurs processeurs et accomplit globalement toutes les opérations peut être insuffisant selon Salazar et Finjan. La communication des preuves peut porter sur le code source, le micrologiciel, les journaux d’ordonnancement des tâches, les schémas d’architecture, les paramètres d’affinité des processeurs, les circuits d’accélération matérielle et les témoignages expliquant quel composant exécute chaque opération.

Les défendeurs devraient vérifier si les correspondances alléguées changent implicitement de niveau d’abstraction. Le titulaire peut désigner un appareil pour une limitation, un cœur CPU pour une autre et un service cloud pour une troisième, puis appeler cet ensemble « the processor ». La qualification de cet ensemble comme élément revendiqué doit reposer sur le dossier intrinsèque, et non simplement sur la contribution de tous les composants au fonctionnement du produit.

Les architectures distribuées peuvent aussi soulever des questions de contrefaçon directe distinctes de l’identité du processeur. Une revendication de système couvrant des composants client et serveur nécessite d’identifier qui met le système en service et en tire le bénéfice. Centillion Data Systems, LLC v. Qwest Communications International, Inc., 631 F.3d 1279, 1284-85 (Fed. Cir. 2011). Si les étapes d’une revendication de procédé sont réparties entre acteurs, il faut prouver leur attribution à une entité selon les règles applicables à la contrefaçon répartie. Akamai Technologies, Inc. v. Limelight Networks, Inc., 797 F.3d 1020, 1022-23 (Fed. Cir. 2015) (en banc). Une rédaction claire concernant les processeurs ne résout donc pas, à elle seule, la contrefaçon impliquant plusieurs acteurs.

Dans un IPR, l’interprétation peut décider si la requête établit un défaut de nouveauté ou doit invoquer l’évidence. Si un processeur doit posséder A, B et C, une antériorité répartissant ces capacités entre processeurs indépendants ne divulgue normalement pas l’agencement revendiqué. Voir Net MoneyIN, Inc. v. VeriSign, Inc., 545 F.3d 1359, 1369-71 (Fed. Cir. 2008). Une théorie d’évidence peut proposer de regrouper les opérations, mais le requérant devrait expliquer pourquoi l’homme du métier l’aurait fait et pourquoi le processeur résultant posséderait chaque capacité. L’affirmation non étayée que ce regroupement aurait été courant peut ne pas fournir le raisonnement explicite requis. Voir KSR International Co. v. Teleflex Inc., 550 U.S. 398, 418 (2007); In re Kahn, 441 F.3d 977, 988 (Fed. Cir. 2006).

À l’inverse, si la réalisation collective est permise, le requérant peut associer différentes opérations à des processeurs coopérants, mais doit toujours montrer qu’ils forment le système ou l’élément composite revendiqué et interagissent comme requis. L’interprétation collective ne supprime pas la règle de présence de tous les éléments : elle modifie l’unité dans laquelle ils peuvent être trouvés.

XI. Conclusion

« One or more processors » répond à une question de nombre, sans toujours répondre à la question de répartition. Salazar et Finjan exigent généralement qu’au moins un processeur répondant à la limitation possède toutes les fonctions qui lui sont attribuées. 01 Communique, Unwired Planet, ainsi que les applications ultérieures, montrent que plusieurs machines peuvent néanmoins coopérer si le sujet fonctionnel est un système composite et si le dossier intrinsèque étaye cette architecture.

La leçon de rédaction est simple : si un processeur doit tout accomplir, le dire. Si plusieurs peuvent agir collectivement, le préciser. Quelques mots supplémentaires peuvent éviter un litige d’interprétation des années plus tard, lorsque l’architecture mise en cause, les antériorités les plus pertinentes et les enjeux commerciaux sont déjà fixés.